Fleurs et Histoire

La fleur prend le pouvoir

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flower power
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« Be sure to wear flowers in your hair… » San Francisco, tube du chanteur américain Scott McKenzie, en 1967, est sans doute l’une des chansons les plus représentatives du mouvement hippie qui a caractérisé la fin des années 60 et le début de la décennie 70 : le « Flower Power ». Symbole de cette idéologie non violente : la fleur, que les « Flower Children » distribuaient à tout va. Lors des manifestations de l’époque, il était fréquent de l’offrir à un agent de police ou de la planter dans le canon d’un fusil. En témoigne les célèbres clichés des photographes Bernie Boston et Marc Riboud, lors de la marche vers le Pentagone, en 1967.

 
Entre pacifisme et esprit communautaire, refus de l’autorité et liberté sexuelle, la fleur s’impose alors comme une mode, un art de vivre. Elle se porte, se peint, s’écrit ou se chante et devient l’ambassadrice de ce mouvement qui prône le retour à la nature. C’est en effet une véritable ruée vers les campagnes. Au mois d’août 1973, le Larzac d’ordinaire si paisible se voit ainsi envahir par 60 000 personnes pour un rassemblement d’un genre nouveau. C’est la naissance de la conscience environnementale, du bio au recyclage en passant par les énergies renouvelables. Les premiers collectifs écologiques se forment, comme Don’t make a wave, que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de Greenpeace.
 
L’utopie hippie, principalement basée sur la contestation de tous les ordres établis et la libéralisation des mœurs, est certainement à l’origine des grands bouleversements politiques, économiques et sociaux du siècle dernier. C’est Woodstock, le printemps de Prague ou les événements de mai 68, qui ouvrent la voie à l’émancipation des minorités, comme les féministes ou les homosexuels. Un nouvel ordre de société dont nous héritons aujourd’hui quand les hippies, qui agissaient sans structure et en ordre dispersé, ont logiquement fini par s’éteindre.
 
La fleur, elle, est restée. C’est d’ailleurs avec une certaine contradiction que le « Flower Power » reste omniprésent dans notre contemporanéité. Décoration, mode, musique, médias… Ce qui se prévalait d’être une contre-culture est devenu un label de consommation et un outil lucratif de productivité. De quoi rouvrir Les Portes de la perception, ouvrage qui a notamment inspiré le nom du célèbre groupe The Doors, dans lequel Aldous Huxley écrit : « Aujourd’hui, après deux guerres mondiales et trois révolutions majeures, nous savons qu’il n’y a pas de corrélation nécessaire entre la technologie plus avancée et la morale plus avancée ».

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Comme aux champs

Parce qu’elle symbolise l’authenticité et la nature, la fleur a très logiquement été l’égérie du mouvement hippie.
Accessoire de mode, on la porte dans les cheveux comme on peut la coudre sur des vêtements si ces derniers paraissent trop ternes.
Au-delà d’inspirer la littérature, la poésie ou la chanson, la fleur devient un art visuel. Comme aux champs, elle est peinte sur les murs des villes. Les véhicules se transforment également en véritables œuvres d’art.
A l’instar des huiles et des encens d’Orient, on utilise enfin quotidiennement son parfum, abusant parfois de son pouvoir.

Le saviez-vous ?

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  • Le terme « hippie » paraît pour la première fois dans un article du Times en 1964, en référence à une affaire de drogue qui fait scandale.
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  • Les « hippies » ne s’appellent pas eux-mêmes par ce terme. Ils se revendiquent être des « Flower children » ou « Beautiful people », voire, pour les plus virulents, des « Acid heads ».
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  • L’expression « Le pouvoir des fleurs » trouve son origine dans « The Summer of love », un rassemblement libre en opposition à la guerre et à la violence, qui se déroule en 1967 à San Francisco.
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  • Le plus grand rassemblement de la culture hippie reste Woodstock, en août 1969, qui attira plus de 500 000 participants.
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  • Des légendes de la musique sont nées ou ont connu la gloire grâce au mouvement hippie : Bob Dylan, The Who, Yoko Ono et John Lennon, Joan Baez ou Joe Cocker. En France, les festivals ne rencontrent pas le succès espéré et les idoles sont parfois à contre-courant. Tandis que Johnny Hallyday moque les « cheveux longs, idées courtes », Sheila provoque le scandale en mai 68 avec « Petite fille de Français moyen ».
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  • Le déclin des hippies est dû à certains événements peu en accord avec l’esprit « peace and love ». Dès 1969, un concert des Rolling Stones à Altamont se solde en bagarre générale, durant laquelle Mick Jagger est menacé d’un revolver et un jeune de 18 ans mortellement poignardé. Le Flower Power perd également en crédibilité quand Charles Manson, condamné notamment pour le meurtre de l’actrice américaine Sharon Tate, rejoint le mouvement. L’abus de drogues, d’alcool ou de médicaments ont enfin raison de Jimi Hendrix, Janis Joplin et Jim Morrison. A la fin des années 70, le Flower Power, chassé par le heavy metal et le disco, n’intéresse plus les médias. Quant aux hippies vieillissants, on les appelle désormais les « baba cool ».

 
Crédit photo : M. Riboud.

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Les commentaires de nos lecteurs !

  • Galtié AC posté le

    Bonjour,

    Très bon sujet ! Peut-être son auteur serait-il intéressé par ma recherche sur l’histoire édifiante du mouvement alternatif – extension du mouvement hippie qui a été également saboté, car ces mouvements ne sont pas « morts de leur belle mort ». L’histoire est beaucoup plus compliquée et elle explique ce qui se passe depuis.

    Cordialement

    ACG

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